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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 17:25

Cette question nous est souvent posée, aussi je vais essayer d’y répondre en quelques mots en commençant  par balayer deux fausses idées :

 

- Le miel n’est pas, au sens propre,  une « production » comme peut l’être  la gelée royale sécrétée par les glandes hypopharyngiennes des jeunes abeilles, mais il est le fruit d’une « transformation » à partir de substances récoltées par les butineuses.

 

- Bien que le lien abeille-fleur-pollinisation soit très important et que nous y soyons tous de plus en plus sensibilisés, ce n’est pas à partir du pollen que les abeilles font le miel. Le pollen est la source d’alimentation essentielle à leur développement, à la production de gelée royale et donc à l’alimentation des jeunes larves mais il n’intervient pas dans la fabrication du miel (même s’il s’en trouve toujours quelques grains dedans).

 

Le miel est le fruit du travail des abeilles à partir du nectar et du miellat récoltés par les butineuses.

 

Le nectar est cette substance sucrée sécrétée par certaines parties des fleurs comme ici le tilleul :

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ou les ronces :

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Le nectar peut aussi être sécrété sur d’autres parties de certaines plantes par des organes nectarifères, par exemple à la base des feuilles.

 

Le miellat est aussi une substance sucrée issue des végétaux mais au lieu d’être sécrété spontanément, il est extrait par des insectes suceurs comme les pucerons ou les cochenilles qui piquent la plante, pompent la sève, la « filtrent » pour absorber les éléments qui les intéressent et rejettent les autres éléments.

Ce sont ces rejets de pucerons  qui constituent ainsi ce miellat qui nous colle aux doigts sur certaines jeunes pousses d’arbre et qui intéresse aussi particulièrement  les fourmis.

Alors, à votre avis, sur cette photo où sont les abeilles : 

BLOG1703

Et bien, ce jour-là, pas dans le châtaignier :

BLOG1704

Peut-être sont-elles en haut du chêne pour son miellat sur les jeunes pousses (… ou ailleurs ?).

En effet la montée du nectar dans les fleurs dépend de la météo : il faut qu’il fasse chaud mais pas trop sec.

De même, la production du miellat dépend aussi de la météo mais de par son action sur les populations de pucerons.

 

Nectar et miellat sont récoltés par les butineuses qui les pompent avec leur langue :

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(P.S. : On dirait aussi que cette abeille s’est planté une épine entre les yeux : est-ce pour ça qu'elle nous tire la langue ?)

Elles stockent cette récolte dans leur jabot, sorte de poche d’attente au début du tube digestif, dans lequel les premières réactions chimiques commencent avec les enzymes de la salive de l’abeille.

(Pour les amateurs de formules chimiques : l’invertase favorise la transformation du saccharose en glucose et lévulose suivant la formule :

C12H22O11 + H2O ==> C6H12O6 + C6H12O6.

Mais il y a aussi formation d’autres sucres et de bien d’autres éléments constitutifs du miel).

De retour à la ruche, la butineuse va transmettre sa récolte en la régurgitant aux autres ouvrières qui vont s’échanger cette nourriture (on parle de « trophallaxie ») et continuer ainsi la transformation des sucres récoltés jusqu’à ce qu’elles estiment que le miel ainsi « fabriqué » soit bon à stocker dans les alvéoles.

BLOG1706

Mais le travail du miel n’est pas fini, car si, au départ, nectar et miellat peuvent comporter jusqu’à 80 % d’eau, il faut que le miel en comporte moins de 20% (idéalement moins de 18%) pour bien se conserver.

Pour ainsi « assécher »  le miel, les abeilles vont continuer de le travailler et surtout de le ventiler en battant des ailes.

A nouveau, quand elles estimeront qu’il est « à point » elles fermeront les cellules par un bouchon de cire appelé « opercule ».

Cet opercule pour le miel est imperméable à l’eau et à l’air alors que l’opercule qui ferme les cellules du couvain est imperméable à l’eau mais perméable à l’air.

Si ce "travail de transformation" stabilise mieux le miel et permet une consommation différée, il n'en fait pas pour autant un produit inerte. En effet l'invertase que les abeilles y introduisent, continue d'être active dans le pot qui est sur notre table de petit déjeuner et fait que le miel liquide se cristallise peu à peu. La cristallisation souligne bien ce "travail continu" de l'invertase qui agit au delà de ce que nous percevons lors de la phase "visible" de cristallisation.

Lorsque nous avons récolté le miel de forêt, nous n’avons prélevé que les cadres bien operculés comme celui-ci :

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… et laissé les cadres insuffisamment operculés comme celui-ci :

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Pourtant on voit bien que ce cadre est en cours d’operculation et qu’il ne lui manque que quelques jours pour être parfait. Mais pour garder le caractère sauvage du miel de forêt nous ne pouvons pas attendre. Nous sommes obligés de faire cette récolte dès que les premières fleurs de tournesol apparaissent pour qu’il n’en contienne pas. Comme les nouvelles variétés de tournesol sont de plus en plus précoces, cela fait plus de travail et moins de miel de forêt.

(Dans la revue "La santé de l'abeille n°276, il est précisé : "Les abeilles poursuivent d'ailleurs la déshydratation du miel après l'avoir operculé. Il est donc erroné de penser qu'un miel est bon à être récolté dès lors qu'il est operculé, idée que l'on rencontre pourtant encore souvent, notamment sur Internet"!)

Le miel réabsorbant facilement l’humidité, l’apiculteur doit faire très attention à le récolter par temps sec, à l’extraire dans un local asséché et à ne pas le laisser à l’air ambiant.

Pour vérifier que tout s’est bien passé, nous contrôlons le taux d’humidité finalement contenu dans le miel avec le réfractomètre dont nous venons de nous équiper (ça fait aussi plus sérieux pour le blog !) :

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Nous sommes ainsi rassurés pour la bonne conservation du miel car celui récolté à La Huberdière présente un taux d’humidité de 17,2% et celui récolté au rucher de la vallée de la Dème un taux de 16,8% : on y avait été plus strict sur le choix des cadres prélevés (photos pour le blog obligent !).

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Il ne reste plus qu’à déguster ce fameux miel de forêt, très typé, de goût et de couleur variables suivant les années, suivant les ruchers, et même suivant chaque ruche car lorsqu’une colonie d’abeilles trouve une source de nectar ou de miellat intéressante elle va l’exploiter en priorité et jusqu’à épuisement.  

Merci de votre attention et …

… à bientôt sur http://miel-et-abeilles-en-touraine.over-blog.com

Henri

(Remerciements et Bibliographie : voir l’article n° 0 http://miel-et-abeilles-en-touraine.over-blog.com/article-0-remerciements-et-bibliographie-43600752.html ) 

 

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Published by Henri
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commentaires

Jeanine 07/10/2016 16:16

merci chere abeilles pour votre miel

Jeanine 07/10/2016 16:15

Le miel ne se fait pas seule se sont les abeilles qui le font et cela ne prend pas quelque minutes mais des jours etc. Je trouve décevant que des gents tue les abeilles tout en mangent leurs miel , les abeilles sont trop mal perçue , je peux vous garantir quelle ne pique pas sen raison et elles sont inoffensifs ex si quelqu'un vous attaque vous défendrez ... penser si ..... et si vous voyez quelqu'un tuer une abeille ou vous y pensez vous même de grâce n'aller pas manger sont miel ou ne pleurez pas si un jour il na plu de miel ... car n'oublier pas que sen abeilles pas de bon miel...

mael mouquet 26/06/2013 10:57

Merci pour ces explications sur la fabrication du miel mais pourquoi les abeilles font du miel ?
Mael (10 ans)

Marie-France et Henri 26/06/2013 14:39



Bonjour Mael,


Les abeilles mellifères (apis mellifera) , celles que nous élevons, ont la particularité de passer l'hiver en colonie et d'être toujours actives même si elles ne peuvent pas sortir de la ruche à
cause du froid. Il leur faut donc avoir des réserves de nourriture pour vivre et c'est le miel et le pollen  stockés qui leur apportent l'énergie nécessaire.


Comme elles sont prévoyantes, elles ont tendance à récolter beaucoup plus de miel que strictement nécessaire à la survie en hiver ce qui nous permet de prélever la "surproduction" pour notre
plaisir gourmand. Nous ne prélevons que le miel stocké dans les hausses mais jamais le miel stocké dans le corps de ruche que nous leur laissons pour leurs besoins hivernaux.


De nombreuses espèces d'abeilles sauvages sont des insectes solitaires et non sociaux comme nos abeilles et elles n'ont pas besoin de stocker de grandes quantités de nourriture car elles
hibernent.


Pour les guêpes et les frelons, seules les fondatrices ("reines") passent l'hiver en se cachant ou s'enterrant seules pour hiberner, leurs cohortes d'ouvrières et de mâles mourant à
l'automne.


Merci pour l'attention que vous portez à notre blog.


Bel été à vous ... et bonnes vacances!



Mounir 02/05/2013 18:02

Bonjour,

Merci de votre générosité, j'ai beaucoup appris grâce à vous.

Bonne journée,

Mounir

Marie-France et Henri 02/05/2013 19:17



Merci beaucoup Mounir pour votre message encourageant : cela nous fait très plaisir de pouvoir ainsi partager notre passion pour les abeilles qui le méritent bien et en ont bien besoin.


 


 



danielle.stavaux@gmail.com 13/08/2012 15:18

Votre site d'explication sur le miel est splendide. Il m'a permis de répondre à la question de mon petit fils. Bravo et merci

Marie-France et Henri 13/08/2012 15:36



Merci beaucoup pour votre message encourageant.


Bien cordialement ... et bonne dégustation de miel ... de préférence celui de nos belles régions de France.



de Guillebon 23/03/2011 16:21


merci pour ces bonnes explications qui m'ont permis de répndre à mon petit fils qui adore le miel


Marie-France et Henri 23/03/2011 21:30



C'est super! Merci pour votre message qui nous encourage.


Nous avons fait ce blog pour nos enfants et nous sommes ravis de voir qu'il en touche beaucoup d'autres.



marie-line 01/09/2010 14:53


merci pour cet article toujours aussi intéressant. Comme ça on sait comment est fait ce si bon miel et surtout, comment avons-nous pu vivre sans connaître la formule chimique...hihihi
gros bisous
marie-line


Henri 01/09/2010 22:21



... et personne n'a encore remarqué que les deux composants obtenus par la réaction chimique (glucose et lévulose (ou fructose)) avaient la même formulation car le glucose est un isomère du
lévulose : mais c'est bien sûr!!!


Bises



Jean-Jacques 07/08/2010 12:29


Bonjour,
J'ai lu votre article avec beaucoup d'intéret. Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait qu'il est primordial d' extraire des cadres bien operculés et de prêter attention au taux
d'humidité ambiant lors de la récolte des cadres et de leur extraction. Bien que théoriquement, si l'opercule est imperméable à l'air on ne devrait courir aucun risque, non ?
Pour ma part, j'extrais mon miel dans une miellerie dans un village proche. Pour quelques ruches, l'achat de matériel en inox, juste pour mon usage personnel ne se justifie pas.
Et le fait d'extraire dans une miellerie garantie un plus, en matière d'hygiène.
Bravo pour votre miel, sa robe est magnifique.
Salutations apicoles.


Henri 07/08/2010 14:05



Merci Jean-Jacques pour votre commentaire ... et "la robe du miel" : belle expression!



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